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La redécouverte de notre diversité protestante

Réforme, n°3075 d’avril 2005

Responsable de l’AUP de Strasbourg, Alexandra Breukink est à l’origine de cette rencontre des étudiants protestants européens. Un projet initié il y a un an.

Propos recueillis par Benoît HERVIEU-LéGER

Est-ce votre qualité de« pasteur européenne » qui vous a conduit à organiser ces quatre jours de rencontre ?

Alexandra Breukink : Je suis, en effet, de nationalité néerlandaise et j’ai pris mon premier poste pastoral au Luxembourg en 1996, avant d’être appelée par l’ERAL (1) à codiriger l’AUP de Strasbourg en septembre 2002. Mais cette rencontre avec les étudiants protestants des Vingt-Cinq doit d’abord à l’actualité européenne. Le projet a germé au printemps 2003. Nous n’étions plus qu’à un an de l’élargissement, et je me suis dit que l’événement devait être l’occasion d’un débat parmi les jeunes, articulant deux questions : « Quelle identité protestante aujourd’hui en Europe ? » et : « Quelle Europe voulons-nous ? ». C’était aussi l’occasion de faire venir de jeunes représentants des futurs pays membres de l’Union européenne. De là, Jean-Louis Hoffet (2) et moi-même avons commencé à établir des contacts avec les Eglises de ces pays qui, en retour, ont désigné leurs « délégués » pour cette rencontre. Dans certains pays, comme la Grèce, le contact était moins évident et il a fallu passer par le Conseil œcuménique des Eglises. Par ailleurs, nous avons obtenu le soutien du Parlement européen qui nous a reçus le moment venu.

Quel bilan tirez-vous de cette rencontre ?

Très positif. Je crois qu’elle nous a permis de découvrir ou redécouvrir la diversité protestante sous tous ses angles. Cette diversité se superpose dans une large mesure à celle qui caractérise l’Union européenne aujourd’hui. Pour un Finlandais, le protestantisme est une évidence, un trait culturel national. Pour un Grec, c’est un vrai défi minoritaire. Or, le Grec comme le Finlandais appartiennent tous deux à un espace commun qui s’appelle l’Europe. Comment s’inscrire ensemble, en tant que protestants, dans cet espace-là tout en tenant compte de la variété des contextes, religieux mais pas seulement ? Déjà en se confrontant les uns aux autres, afin ensuite d’établir un réseau. Le nouveau président de la Conférence des Eglises européennes (KEK), Jean-Arnold de Clermont, a beaucoup insisté sur ce point. Il a promis d’aller voir les jeunes dans leur pays.

Quelle autre suite pourrait avoir cette rencontre ?

J’aimerais tirer un petit livre des échanges qui ont eu lieu entre les jeunes au cours de la troisième journée. Ces échanges ont mis en évidence leurs attentes à l’égard de l’Europe, mais aussi leurs réserves, sinon leur scepticisme. Beaucoup ont rappelé à juste titre que l’Europe n’est pas tout et qu’elle doit de toute façon penser mondialement, proposer peut-être un modèle mais sans tenter de l’imposer à la façon d’une superpuissance.

Une autre suite possible serait une autre rencontre, cette fois plus œcuménique, et centrée par exemple sur la notion d’humanité. Notion sur laquelle nos étudiants invités cette fois-ci sont souvent revenus.

Regrettez-vous que les étudiants strasbourgeois n’aient pas davantage participé à l’initiative ?

Ils ont, c’est vrai, assez peu répondu présent. Peut-être en raison des vacances. Je crois aussi que le fait d’être à Strasbourg enlève à l’Europe un peu de son exotisme. Mais pourquoi ne pas songer à intégrer ce genre d’initiatives à un cursus universitaire ?

(1). Eglise réformée d’Alsace et de Lorraine.

(2). Pasteur de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine et autre codirigeant de l’AUP.